Des millions de façon de mourir. Des millions plus une. La mienne, qui se devait forcement de se distinguer de celles du commun des mortels. Je devrais en être fière. Pourtant le seul sentiment que m'inspire la clôture de mon existence par des entités aussi insignifiantes c'est la frustration.
Les mots.
Ils sont retombés au fond de ma gorge. J'ai vainement tenté de les faire remonter, une consonne labiale pour commencer, puis les autres suivraient entraînées par des assonances et des allitérations initialement créées dans le dessein de donner de l'allure à cette phrase maladroite et inélégante et qui finalement contribueraient à m'épargner la suffocation en éloignant mécaniquement cette phrase de ce larynx et en lui permettant de s'épanouir hors de mon orifice buccal. Mais le larynx refuse de lui accorder ce droit.
Tyran, Despote, Oppresseur. Oppresseur.
Je suis oppressée, je m'étouffe. Asphyxie. Voila que la phrase s'enroule sur elle-même. Elle meurt avec moi victime également de cette fatale strangulation interne. Le larynx tortionnaire s'active cruellement jusqu'à la "constriction de l'asphyxie finale du point, du point de la phrase".
Le point
.
Le SEUL que je ne pouvais pas vêtir et chausser d'une rhétorique lui assurant agilité et allure. Tout est de sa faute. C'est lui qui a glissé, trébuché, dégringolé jusqu'à l'apocope finale du mot chute, la chute de la phrase...